Bail, préavis et état des lieux

Congé donné par le propriétaire : vos droits de locataire

Un propriétaire ne peut pas mettre fin à votre bail quand il le souhaite. Motif, délai, notification et protections particulières : les points à vérifier avant d’organiser votre départ.

Un locataire examine un congé du propriétaire près de clés et de cartons de déménagement.

L'essentiel

  • Le propriétaire ne peut donner congé qu’à l’échéance du bail, pour vendre, reprendre le logement ou invoquer un motif légitime et sérieux.
  • Le congé doit vous parvenir au moins 6 mois avant l’échéance en location vide et 3 mois avant en location meublée.
  • En cas de vente d’un logement vide, le locataire bénéficie en principe d’un droit de préemption, sous réserve des exceptions prévues.
  • Un locataire de plus de 65 ans disposant de faibles ressources peut bénéficier d’une protection, sauf exception concernant le bailleur.
  • Après réception d’un congé valable, vous pouvez quitter le logement avant l’échéance et ne payer le loyer que jusqu’à la remise des clés.
Sommaire
  1. Le congé ne peut prendre effet qu’à l’échéance du bail
  2. Les trois motifs que le bailleur peut invoquer
  3. Délais et formes : les vérifications indispensables
  4. Vente : votre droit de préemption en location vide
  5. Locataire âgé et disposant de faibles ressources : une protection possible
  6. Congé frauduleux ou motif contestable : comment réagir
  7. Partir avant l’échéance : pas de préavis supplémentaire d’un mois
  8. Votre plan d’action dès réception du congé

Le propriétaire ne peut pas vous demander de quitter votre logement à tout moment : il doit attendre l’échéance du bail et justifier son congé par un motif autorisé. Il doit aussi respecter un délai et une forme précis. Vérifiez ces éléments dès réception, car un congé tardif, incomplet ou frauduleux peut être contesté.

Le congé ne peut prendre effet qu’à l’échéance du bail

Un congé donné par le propriétaire met fin au bail à sa date d’échéance. Il ne permet pas, à lui seul, d’exiger un départ immédiat ou en cours de contrat. Si le congé est valable, vous devez libérer le logement au plus tard à la fin du bail, sauf accord avec le bailleur pour partir plus tôt.

Le propriétaire ne peut pas choisir librement le motif. En location d’habitation principale, il doit invoquer l’un des trois motifs prévus : vendre le logement libre, le reprendre pour y habiter ou y loger un proche, ou justifier d’un motif légitime et sérieux.

Un propriétaire qui vend le logement occupé peut aussi le céder sans mettre fin au bail. Dans ce cas, l’acquéreur devient votre bailleur et le contrat se poursuit aux mêmes conditions. La vente ne vous oblige donc pas automatiquement à déménager.

Les trois motifs que le bailleur peut invoquer

La vente du logement libre

Le bailleur annonce qu’il souhaite vendre le logement sans locataire à l’échéance du bail. En location vide, son congé doit préciser le prix et les conditions de la vente. Il vaut en principe offre de vente au locataire, qui peut acheter le logement en priorité, sous réserve des exceptions prévues par la loi.

Un congé qui se contente d’indiquer que le logement est à vendre, sans respecter les mentions nécessaires, peut être irrégulier. Vérifiez aussi que le prix et les conditions annoncés sont compréhensibles et complets.

La reprise pour habiter

Le propriétaire peut reprendre le logement pour en faire sa résidence principale ou le faire occuper par un bénéficiaire autorisé. Il doit indiquer dans le congé l’identité du bénéficiaire et son lien avec le bailleur, ainsi que le caractère réel et sérieux de la reprise.

La reprise peut notamment concerner le propriétaire, son conjoint, son partenaire lié par un Pacs, son concubin vivant avec lui depuis au moins un an, ou certains proches comme ses ascendants et descendants. Le bénéficiaire doit réellement occuper le logement comme résidence principale. Une reprise annoncée pour le louer ensuite à une autre personne ou pour le laisser vide n’est pas conforme à ce motif.

Le motif légitime et sérieux

Ce motif peut notamment correspondre à des manquements du locataire : loyers impayés ou payés de façon répétée avec retard, troubles de voisinage établis, défaut d’assurance ou manquement important à une obligation du bail. Le bailleur doit expliquer les faits de manière suffisamment précise. Une formule générale, sans faits concrets, ne suffit pas nécessairement.

La gravité et la réalité des faits peuvent être discutées. Conservez les échanges, quittances, mises en demeure et autres documents utiles, surtout si vous contestez les reproches.

Délais et formes : les vérifications indispensables

Le congé doit être reçu suffisamment tôt avant la date de fin du bail. Le délai se calcule à partir de sa réception ou de sa signification, et non de la date à laquelle le propriétaire l’a envoyé.

Type de locationDélai minimal avant l’échéancePoint à vérifier
Logement loué vide6 moisLe congé doit parvenir au locataire avant le début de ces 6 mois
Logement meublé3 moisLe congé doit parvenir au locataire avant le début de ces 3 mois

Par exemple, pour un bail vide qui se termine le 31 octobre, le congé doit en principe vous parvenir au plus tard le 30 avril. Pour un bail meublé arrivant à échéance le 31 octobre, il doit vous parvenir au plus tard le 31 juillet. Vérifiez la date exacte de fin inscrite dans votre bail et la date réelle de réception.

Le bailleur doit notifier le congé par lettre recommandée avec avis de réception, par acte de commissaire de justice, ou par remise en main propre contre récépissé ou émargement. Un courriel simple ou une lettre ordinaire ne répond pas à ces formes. Si la lettre recommandée n’est pas retirée et ne vous est pas remise, le délai ne commence pas à courir à la date de son envoi : le propriétaire doit s’assurer que le congé vous est valablement notifié.

Si plusieurs personnes sont cotitulaires du bail, vérifiez que le congé a été adressé aux personnes qui doivent en être destinataires. Examinez également le motif, les mentions obligatoires et les justificatifs éventuels. En cas de doute, demandez rapidement conseil à l’ADIL de votre département ou à un professionnel du droit.

Vente : votre droit de préemption en location vide

Lorsque le propriétaire donne congé pour vendre un logement loué vide, vous avez en principe la priorité pour l’acheter au prix et aux conditions indiqués dans le congé. Vous n’êtes pas obligé d’acheter. Si vous ne souhaitez pas faire d’offre, vous pouvez simplement ne pas exercer ce droit.

L’offre est généralement valable pendant les deux premiers mois du préavis. Si vous l’acceptez en ayant recours à un prêt, le délai prévu pour réaliser la vente est prolongé. Respectez les délais et formalités indiqués dans le congé, et demandez conseil si vous souhaitez faire une proposition ou négocier les conditions.

Si le propriétaire décide ensuite de vendre à un prix inférieur ou à des conditions plus avantageuses que celles qui vous ont été notifiées, une nouvelle offre doit en principe vous être adressée. Il existe toutefois des exceptions au droit de préemption, et le régime n’est pas le même en location meublée. Faites vérifier votre situation si le logement est vendu à un proche du bailleur ou dans le cadre d’une vente particulière.

Le droit de préemption ne signifie pas que le bailleur peut vous obliger à partir avant la date prévue. Si le logement est vendu occupé sans congé valable, le bail continue avec le nouvel acquéreur.

Locataire âgé et disposant de faibles ressources : une protection possible

Un locataire âgé de plus de 65 ans dont les ressources sont inférieures au plafond applicable peut bénéficier d’une protection renforcée. Sauf exception, le bailleur doit lui proposer une solution de relogement adaptée à ses besoins et à ses possibilités, située dans les limites géographiques prévues par la loi. Cette protection peut aussi concerner, sous conditions, un locataire qui a à sa charge une personne de plus de 65 ans vivant habituellement dans le logement.

Le bailleur personne physique peut être dispensé de cette obligation s’il a lui-même plus de 65 ans ou si ses ressources sont inférieures au plafond applicable. Les plafonds évoluent : ne vous fiez pas à un montant ancien trouvé dans un document ou une discussion en ligne. Vérifiez le seuil en vigueur et les justificatifs à fournir auprès de l’ADIL ou du service compétent.

Cette protection n’annule pas automatiquement le congé. Elle peut toutefois obliger le propriétaire à vous proposer un relogement conforme, sauf si l’exception applicable au bailleur est remplie. Signalez votre âge et votre situation de ressources par écrit, avec les pièces utiles, et demandez conseil avant l’échéance.

Congé frauduleux ou motif contestable : comment réagir

Un congé peut être frauduleux si le motif annoncé n’est pas réel. Par exemple, le propriétaire peut prétendre reprendre le logement pour y vivre, puis le remettre en location sans l’occuper, ou annoncer une vente qui ne se réalise pas dans les conditions prévues. Un simple changement de projet ne prouve pas toujours une fraude : ce sont les faits et les circonstances qui comptent.

Procédez par étapes :

  1. Gardez le congé, l’enveloppe, l’avis de réception, le bail et les échanges avec le bailleur.
  2. Notez les dates et réunissez les éléments vérifiables : annonce de location, courrier, documents ou témoignages utiles.
  3. Demandez conseil sans attendre à l’ADIL, à une association de locataires ou à un avocat, surtout si l’échéance approche.
  4. Si le désaccord persiste, faites examiner les recours possibles devant le juge compétent. N’attendez pas d’avoir quitté les lieux pour demander un avis sur la validité du congé.

Un congé frauduleux peut entraîner des dommages-intérêts et des sanctions pénales, pouvant atteindre 6 000 euros pour une personne physique et 30 000 euros pour une personne morale. Ces sanctions ne sont pas automatiques : la fraude doit être établie.

Partir avant l’échéance : pas de préavis supplémentaire d’un mois

Après réception d’un congé valable donné par le propriétaire, vous pouvez quitter le logement avant la fin du bail. Vous n’avez pas à attendre la date d’échéance et, contrairement à ce que l’on lit parfois, vous n’avez pas à donner un préavis supplémentaire d’un mois du seul fait d’un congé pour vente. Vous devez le loyer et les charges jusqu’à votre départ effectif, dans les conditions applicables, et organiser la remise des clés.

Prévenez le bailleur par écrit de la date envisagée pour l’état des lieux de sortie et la restitution des clés. Cette démarche facilite l’organisation, même si elle ne constitue pas un nouveau préavis. Préparez l’état des lieux de sortie et conservez une preuve de la remise des clés. Le montant du loyer ne doit pas être confondu avec les sommes éventuellement dues au titre de charges ou de dégradations : vérifiez aussi les règles de restitution du dépôt de garantie.

Votre plan d’action dès réception du congé

  • Notez la date de réception et comparez-la à la date d’échéance inscrite dans le bail.
  • Vérifiez le motif, les mentions obligatoires et la forme de notification.
  • En cas de vente d’un logement vide, contrôlez le prix, les conditions et le délai pour exercer votre droit de préemption.
  • Si vous avez plus de 65 ans ou une personne âgée à charge, vérifiez les conditions de ressources et signalez votre situation au bailleur par écrit.
  • En cas de doute sur la validité du congé, demandez rapidement un avis à l’ADIL ou à un professionnel du droit.
  • Si vous partez, fixez l’état des lieux et la remise des clés, puis construisez votre planning de déménagement.

Ne quittez pas le logement uniquement sur la base d’une demande orale ou d’un courrier dont la validité vous paraît incertaine. À l’inverse, si le congé est régulier et arrive à échéance, anticipez votre recherche de logement et vos démarches pour organiser le départ dans de bonnes conditions.

Questions fréquentes

Le propriétaire peut-il donner congé en cours de bail ?

En principe, non : le congé du bailleur prend effet à l’échéance du bail et doit respecter le délai légal. Une procédure judiciaire distincte peut toutefois intervenir en cas de manquement grave du locataire.

Que se passe-t-il si le logement est vendu à un nouvel acquéreur ?

Si le logement est vendu occupé sans congé valable, le bail se poursuit avec le nouvel acquéreur. Celui-ci reprend les droits et obligations du bailleur, et ne peut pas vous demander de partir uniquement parce qu’il a acheté le logement.

Le propriétaire peut-il imposer des visites pendant le préavis ?

Le bail ne peut pas prévoir plus de deux heures de visite par jour ouvrable, ni de visites les jours fériés. Les horaires doivent être convenus et le propriétaire ne peut pas entrer dans le logement sans votre accord.

Puis-je refuser le congé parce que je n’ai pas trouvé de nouveau logement ?

La difficulté à se reloger ne rend pas automatiquement un congé valable ou invalide. Si le congé respecte les règles, le bail prend fin à l’échéance, sauf accord ou décision contraire. Demandez conseil rapidement si vous contestez sa validité ou êtes en situation de vulnérabilité.

Le congé du propriétaire m’oblige-t-il à acheter le logement mis en vente ?

Non. Le droit de préemption vous donne une priorité d’achat dans les cas où il s’applique, mais vous restez libre de ne pas acheter. Vérifiez toutefois les délais et les conditions de l’offre si vous souhaitez exercer ce droit.

Ce guide fournit des informations générales, à jour au 28 octobre 2026. Les règles, montants et délais peuvent évoluer. Vérifiez votre situation auprès de l'organisme concerné avant toute décision. Une erreur ou une information dépassée ? Signalez-la.